Les pollutions en milieu karstique

Liées au développement économique de notre société, les pollutions ont souvent atteint des niveaux intolérables. Plusieurs centaines de sites karstiques pollués ont été recensés dans les zones calcaires de Wallonie.
D'autre part, un nombre important de captages en région calcaire ont dû être fermés par suite de pollutions.
Les anciennes carrières calcaires sont le réceptacle de dépotoirs sauvages ou servent parfois de décharges "autorisées".
Nous distinguons plusieurs types de pollutions :
- la pollution physico-chimique due à la présence de substances non toxiques, dissoutes ou en suspension dans les eaux d'infiltration ou de percolation. Sans avoir des effets négatifs sur la santé, elle a une action destructrice sur l'équilibre de l'écosystème souterrain et les mécanismes de dissolution et de concrétionnement. Elle peut également agir sur les phénomènes de sédimentation et favoriser des dépôts peu souhaitables au sein des réseaux karstiques ;
- la pollution chimique, conséquence de la toxicité de certains composés chimiques en suspension ou en solution dans l'eau (métaux lourds, hydrocarbures, nitrates, phosphates et autres sels utilisés en agriculture, ...). Elle constitue une véritable menace pour la santé. Les réserves en eau souterraine sont particulièrement sensibles à ce type de pollution qui les rend impropres à la consommation ;
- la pollution par des substances organiques de synthèse comme les pesticides, insecticides, PCB (polychlorobiphényle, substance très utilisée dans l'industrie des matières plastiques) et divers détergents dissous dans l'eau, est un autre type de pollution chimique particulièrement dommageable pour l'écosystème karstique, les organismes souterrains et les réserves en eau souterraine ;
- la pollution bactériologique résulte d'une contamination par des substances organiques rejetées par les élevages intensifs, abattoirs, laiteries, industries alimentaires, papeteries, égouts, ... Elle perturbe profondément l'écosystème souterrain ou le détruit de manière irréversible. Tout comme la pollution chimique, elle peut constituer une grave menace pour la santé. Le milieu karstique est particulièrement favorable à la transmission rapide de la pollution bactériologique et sa contamination peut être de longue durée. Il faut savoir que, même après épuration des eaux usées, certains agents pathogènes sont encore virulents et susceptibles de contaminer les nappes aquifères du karst pendant de longues périodes.
Les causes des différentes pollutions sont diverses. Distinguons notamment les rejets liquides et les dépotoirs.
Les rejets liquides
L'ignorance et la négligence, d'une part, les accidents et la contamination des eaux de pluie, d'autre part, sont causes de diverses pollutions par rejets liquides.
On constate encore trop souvent aujourd'hui l'utilisation, même par des pouvoirs publics, des chantoirs et dolines comme lieux de rejet d'eaux usées en provenance des routes, autoroutes, égouts publics ou privés. Ces eaux chargées en métaux lourds, hydrocarbures, sels et bactéries diverses sont à l'origine de bien des pollutions des eaux souterraines.
Quant à l'agriculture, elle apporte aussi ses nuisances liquides, telles que les écoulements libres de lisiers, les eaux de ruissellement et de percolation chargées d'engrais et de pesticides.
Il s'agit principalement de rejets directs d'eaux usées et d'égouts dans des chantoirs, dans des dépressions karstiques ainsi que dans les ruisseaux en amont des pertes.
Les dépotoirs et les décharges
Dolines, chantoirs, vallons secs, entrées de grottes et surtout anciennes carrières calcaires sont autant de sites qui servent de dépotoirs sauvages ou sont recherchés pour l'implantation de véritables décharges. C'est la politique du « tout au trou ».
Plusieurs anciennes carrières présentent des pollutions plus ou moins importantes. Ces décharges n'ont subi, sauf exception, aucun aménagement ni réhabilitation, si ce n'est un recouvrement par une couche de terre une fois les versages d'immondices terminés.
Outre la dégradation des paysages et des sites, le lessivage des immondices en terrain karstique peut provoquer la mise en circulation de substances toxiques ou néfastes (sulfates, nitrates, hydrocarbures, chlorures, ...) pénétrant dans les réseaux de fentes et de micro-fissures du calcaire sous-jacent. Par drainage naturel ou artificiel, les polluants gagnent les eaux souterraines et, tôt ou tard, contaminent les résurgences et les captages des massifs calcaires.
Il va sans dire que les pratiques polluantes dénoncées ici s'effectuent la plupart du temps en méconnaissance totale de l'impact sur les eaux souterraines, les sites karstiques et l'écosystème souterrain en général.

